/OVERTIME/ Amara Sy revient sur sa carrière et l'importance de penser à sa reconversion!

01 août 2022

Salut Amara !

Comment vas-tu depuis l’annonce de l’arrêt de ta carrière de basketteur professionnel ?

 

Je me sens bien ! C’était prévu depuis 3 ans maintenant, depuis que je suis arrivé au Paris Basket. Ce n’est pas un arrêt brutal, je l’avais en tête depuis des années donc c’était en quelque sorte programmé.

 

Honnêtement, je ne suis même pas dans l’acceptation parce que je sais que j’ai encore 2 ou 3 ans dans les jambes. D’ailleurs, mon coach et mes coéquipiers ont passé l’année à me dire « Amara, pourquoi tu veux arrêter ? On dirait que tu as 25 ans » (rires).

Ce n’est pas du tout parce que j’aime moins le basket, j’adore le basket ! Je ne passe pas 2 ou 3 jours sans jouer. On se retrouve régulièrement à la Hoops Factory avec d’autres joueurs pros.

Il y a quelques jours, je jouais là-bas avec Mathias Lessort, qui me demandait la même chose.

 

Je pense juste qu’il faut savoir passer à autre chose et puis je préfère m’arrêter maintenant, alors que je suis encore bien, plutôt que d’attendre et arrêter quand je serai dégoûté.

J’ai cette chance d’être encore bien physiquement. Quand j’écoute les autres joueurs quel que soit leur niveau, je me rends compte que beaucoup ont des douleurs au réveil, ont du mal à marcher donc je me dis qu’il faut que je me préserve de ça tant que je peux.

J’ai aussi pas mal de projets et ça devient compliqué de tout faire en même temps, donc c’était le bon timing.

Mais, en parallèle, je compte bien continuer à jouer. Je prends toujours du plaisir à jouer avec mes potes et je me sens bien donc je ne vois pas pourquoi je couperais complètement.

 

Après une longue carrière comme la tienne, 20 ans si je ne me trompe pas, est-ce que tu as un souvenir qui t’a particulièrement marqué ou que tu aimes raconter ?

 

Franchement, c’est une question qu’on me pose souvent et je ne sais pas quoi répondre. La vérité c’est que ça change tout le temps.

Je crois que je dirais l’ensemble de ma carrière. J’ai pris du plaisir dès la première fois où j’ai mis les pieds sur le terrain et ce, jusqu’à mon dernier match.

 

Comme je te disais, je jouais encore il y a quelques jours et j’ai pris un plaisir fou à chambrer mes coéquipiers et à jouer avec eux.

Si je regarde toute ma carrière il y a eu des hauts et des bas… même des très hauts et des très bas mais la vérité c’est que la seule chose que je retiendrai, c’est que je me suis vraiment amusé.

 

J’ai vraiment eu de la chance et j’ai pleinement conscience de ça, alors j’ai essayé d’en profiter et de m’amuser au maximum. Je crois que c’est ça le plus important.

 

Prendre du plaisir, s’amuser au maximum, est-ce que ça ne va pas te manquer justement ? Ou est-ce que certaines choses ne vont pas te manquer ?

 

Non, je ne pense pas. Comme je te disais, pour moi, le plus important c’est la notion de plaisir et aujourd’hui j’en prends toujours autant.

La dernière fois que je suis allé jouer, j’avais qu’une envie c’était de gagner comme si c’était une finale et les mecs n’en revenaient pas. Ils me disaient « mais comment tu peux encore avoir la rage comme ça à ton âge » (rires) ! La vérité c’est que j’aime trop ça, je suis un compétiteur et je veux tout le temps gagner.

 

Puis, je ne vais pas avoir le temps de ressentir le manque puisque l’année prochaine je vais sûrement jouer avec l’équipe 2 de Cergy et j’aurai exactement la même envie que lorsque je jouais à Paris.

Évidemment, entre jouer devant 50 personnes et 5 000 personnes, je préfèrerais jouer devant le plus grand nombre, mais pour moi la motivation restera toujours la même.

 

J’ai toujours eu ça en moi, cet esprit de compétition, que ce soit dans la vie ou dans les autres sports que j’ai pu faire. Donc je suis tout sauf perdant puisque ça, je le garderai quoi qu’il arrive. Le reste, ça ne me manquera pas parce qu’au final ce n’était pas important, c’était du plus.

 

En plus d’être joueur, tu consacres une partie de ton temps aux joueurs. Tu as d’ailleurs été récemment réélu à la présidence du SNB. Quel est le bilan de ta première présidence et dans quelle direction aimerais-tu aller pour la prochaine ?

 

On a toujours envie de changer les choses mais la vérité c’est que ça n’avance jamais aussi vite qu’on l’aurait souhaité. Ce que je peux dire c’est que les joueurs sont de plus en plus impliqués, qu’ils font plus attention et qu’ils sont plus curieux de leur environnement.

Ça n’a vraiment rien à voir avec ce qu’il en était quand j’ai commencé. Il n’y avait que très peu de joueurs intéressés par tout ça. Nous, tout ce qu’on voulait, c’était être performant sur le terrain et franchement, on ne faisait pas attention à grand-chose d’autre.

 

Je pense que c’est une question d’époque aussi.

Aujourd’hui, on voit que les jeunes joueurs font plus attention et sont plus concernés et éveillés. Je pense que c’est une bonne chose pour tout le monde !

Le basket ça ne dure qu’un temps et un temps assez court pour la majorité des joueurs, peut-être 10 à 15 ans pour une petite partie d’entre eux. C’est pour ça qu’il faut voir d’autres choses, se former, parce qu’au final, tout ne tourne pas autour du basket.

 

Donc continuer à informer les joueurs notamment sur les options qui s’ouvrent à eux en termes de reconversion ?

 

Exactement ! On a lancé un évènement qui s’appelle le rookie program, qui nous a prouvé qu’il était important d’impliquer les joueurs professionnels dès le plus jeune âge pour qu’ils puissent commencer leur carrière avec un maximum d’outils, d’armes et d’enseignements pour les préparer à d’éventuels problèmes.

 

Nous allons continuer à aller dans ce sens-là. Forcément, les rookies de cette année vont être remplacés par des nouveaux et dans 5 ou 6 ans ces questionnements-là seront devenus la routine pour les joueurs. C’est comme ça que de plus en plus de joueurs essaieront de faire bouger les choses. Ils se formeront et se prépareront aux aléas de leur carrière sportive.

Ils ne penseront pas qu’au basket et qui sait, de plus en plus seront peut-être entrepreneurs, dirigeants ou autres après leur carrière de basketteur.

 

C’est tout ce que nous leur souhaitons !

Est-ce que tu avais pris le temps de te former durant ta carrière ?

 

Non justement, je n’ai pas du tout anticipé ça. Je fais partie d’une génération qui ne se souciait pas de tout ça. On n’avait pas de « grand frère » pour nous aiguiller donc on avançait un peu à l’aveugle (Rires) On a fait des erreurs, on a trébuché mais on s’est relevé et on a gagné en expérience comme ça.

 

C’est la raison pour laquelle il est aujourd’hui important pour nous de faire ce retour d’expérience vers la nouvelle génération, pour leur permettre d’éviter les pièges que l’on a pu connaître.

 

Tu évoques finalement la transmission à la nouvelle génération.

Quel conseil donnerais-tu à un joueur qui hésiterait à se former pour justement ne se consacrer qu’au basket ?

 

Honnêtement, je peux tout à fait comprendre l’envie de se consacrer uniquement au basket, on est tous passé par là surtout en étant jeune. On a des ambitions, des objectifs et on a tendance à être concentré là-dessus.

Mais c’est loin d’être incompatible avec la formation.

Parfois sortir de sa bulle, voir ce qui se passe ailleurs, notamment dans le monde professionnel, ça peut être vraiment enrichissant.

 

En tant que joueur, on reste des travailleurs privilégiés et c’est vrai que pour certains, une fois leur carrière finie, ça peut être un vrai choc.

 

C’est pour ça qu’il est aussi important de s’intéresser et de poser des questions.

Le SNB est aussi là pour ça. Beaucoup de joueurs nous envoient des messages et on essaie d’être le plus réactif possible.

L’essentiel est qu’ils n’hésitent pas et qu’ils soient conscients que toutes les questions sont bonnes à poser, aucune question n’est bête. On ne va surtout pas trouver ça ridicule, au contraire. Il ne faut pas que les joueurs se privent de ça. Je pense que ça serait contre-productif et pour eux, et pour ce que nous essayons de faire au SNB, notamment avec les partenariats qu’on essaie de mettre en place avec les organismes de formation pour accompagner les joueuses et les joueurs professionnels.

 

Aujourd’hui, il existe des formations plus ou moins longues, des aides au financement, notamment des clubs qui peuvent aider les joueurs sous contrat à financer leur formation. Il faut également se dire que ces démarches ne sont jamais perdues et qu’une formation que tu fais aujourd’hui pourra toujours servir dans plusieurs années pour débuter une nouvelle carrière professionnelle.

 

Pour finir, tu organises de nombreux évènements basket notamment à Paris, est-ce que c’est quelque chose que tu comptes continuer ?

 

Forcément, on essaie toujours de grandir et de mettre des choses en place de plus en plus ambitieuses.

Dans un premier temps, j’aimerais continuer à organiser des tournois en région parisienne puis, pourquoi pas, monter des circuits dans toute la France et même toucher l’international avec la participation d’équipes étrangères.

 

On veut vraiment mettre en place des projets de plus grande envergure mais il ne faut pas mettre la charrue avant les bœufs. Chaque année on essaie de s’améliorer, d’emmagasiner de l’expérience et de pousser les curseurs un peu plus loin.

 

Le but de ces évènements est de rallier un maximum de gens autour du basket. Il y a énormément d’amoureux de ce sport en France mais ils ne sont pas tous à Paris. L’idée serait, à terme, de pouvoir leur permettre de participer sans avoir à trop se déplacer.

On pense aussi à eux et j’aimerais pouvoir partager ce plaisir de jouer au basket avec un maximum de personnes.

 

Je te remercie pour cet échange Amara !

Nous te souhaitons beaucoup de réussite dans tes futurs projets et pour ta présidence au SNB.

 

 

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