/OVERTIME/ Johanne Gomis revient sur sa carrière et nous parle de sa reconversion!

18 juil 2022

Salut Johanne,

Comment vas-tu depuis l’annonce de la fin de ta carrière sportive ?

 

Salut,

Je ne crois pas avoir encore réalisé. J’ai l’impression d’être en vacances après une saison classique et que je vais reprendre en septembre.

C’est encore un peu trop frais et puis, jusqu’à présent, c’était la seule certitude que j’avais à titre professionnel. Donc pour le moment je vais faire les choses au jour le jour et profiter de mes vacances, ce qui est déjà pas mal.

 

Comme tu le précises justement, c’est encore très frais mais après une carrière aussi intense que la tienne, que penses-tu garder en tête ?

 

La première chose, c’est que quand je regarde en arrière je ne vois que des moments positifs, des sourires et des victoires… c’est marrant de voir à quel point notre esprit peut être sélectif (rires). Pourtant ma carrière a eu son lot de moments difficiles et de choses moins drôles. Il y a eu des saisons galères et des coachs avec qui ça s’est moins bien passé… Pourtant, seul le positif reste.

 

Je pense quand même que si je devais garder un titre, ça serait la coupe d’Europe qu’on va gagner à Charleroi. C’était à 1h30 donc ma famille et les supporters avaient pu faire le déplacement et on n’était pas pour autant en terrain conquis ! Cette victoire et ce titre ont vraiment une saveur particulière.

Au-delà des titres, je pense que je me souviendrai de tous les moments cools sur et en dehors du terrain, des rires, des entrainements aussi.

 

L’émotion, l’ambiance, les victoires, le quotidien avec les coéquipières… Penses-tu qu’il y a des choses qui vont particulièrement te manquer de ton côté ?

 

Clairement les matchs ! L’ambiance, le public, l’adrénaline et toutes les émotions que tu peux vivre pendant une compétition, je pense que tout ça va vraiment me manquer.

Ça sera de manière ponctuelle mais à chaque fois que je vais regarder un match, je vais me dire « oh j’aimerais bien être sur le terrain ! » (Rires).

Mais je crois que ce qui va me manquer aussi c’est le cadre, la rigueur des semaines d’entrainements, le fait d’avoir un planning établi et qu’on me tienne un peu par la main.

 

C’est vrai que le sport pro reste un cadre assez strict. C’est drôle parce que dans une récente interview qu’on a réalisée avec Jean-Victor Traoré, il nous disait qu’il savait aussi ce qui n’allait pas lui manquer… les séances de cardio par exemple (rires).

 

Oui maintenant que tu me parles de ça, je crois qu’un truc qui ne va vraiment pas me manquer ce sont les entrainements de présaison, ceux où tu ne touches pas le ballon et les séances de pistes… Je pense que ça, je devrais pouvoir m’en passer (rires).

 

Je disais quand même à Rachid (Meziane), pas plus tard qu’hier, que ses entrainements allaient me manquer, notamment les 1 contre 1 du matin.

Finalement, je me dis que j’ai été vraiment chanceuse et même si je ne se souviendrai pas de tel match ou de telle stat, je me souviendrai toujours des émotions que j’ai partagées sur le terrain.

 

Quand on est jeune, c’est ça qui nous pousse à nous dépasser parce qu’on a envie de vivre tout ça par nous-même. Alors quand la fin de carrière arrive, qu’on a pu durer et vivre tous ces moments… c’est vraiment dur de se dire qu’on ne va pas y retourner.

C’est vraiment ça qui va le plus me manquer, même si je sais que je pourrai retrouver le goût du challenge dans d’autres domaines !

 

Justement, parlons de tes challenges dans d’autres domaines !

Si je ne me trompe pas, tu es engagée en politique depuis peu. Est-ce que tu pourrais nous en dire un peu plus à ce sujet.

 

Tout à fait !

Je crois que je ne peux plus me cacher (rires).

Blague à part, mon engagement en politique reste modéré. Je fais de la politique, j’ai une mission à l’échelle locale mais pas d’ambition à être une politique sur le long terme. Et ça me va très bien comme ça.

Je suis donc adjointe au sport de la ville de Lille et c’est vraiment un gros challenge car il y a une vraie culture sportive et la ville et le département s’investissent beaucoup. C’est vraiment une terre de sport.

 

Aujourd’hui, on compte près de 26 000 licenciés et toujours plus d’évènements, d’associations, de salles et d’infrastructures.

Je suis heureuse de rester dans le domaine du sport et de pouvoir m’investir dans ce projet même si je suis de l’autre côté.

C’est quelque chose qu’il faut aborder différemment mais qui se nourrit pleinement de mon expérience de sportive professionnelle. Ayant fait une grande partie de ma carrière dans le Nord, c’est une vraie responsabilité, un honneur mais surtout un engagement fort d’un point de vue professionnel et personnel.

 

C’est effectivement un engagement important, surtout au regard de la place des collectivités et des prochains évènements sportifs qui auront lieu en France en 2023 et 2024.

 

Aujourd’hui, tous les jeunes sportifs, centres de formation et associations peuvent en partie pratiquer leur passion grâce aux collectivités. Dans ma carrière à Villeneuve, il y a eu un moment où la mairie a décidé d’aider un peu plus le club et ça nous a permis d’être plus compétitives et de gagner des titres.

Prendre cet engagement là c’est donc un peu une manière de rendre ce que la ville m’a donné à un moment donné de ma carrière.

 

Je pense effectivement faire partie du bon mandat pour ce qui est du sport. Les JO de 2024 arrivent bientôt et inscrire Lille comme terre de jeux et base arrière des jeux olympiques serait un vrai accomplissement. Pouvoir accueillir des sports comme le handball ou encore le basket… comme tu t’en doutes ça serait un rêve, surtout pour moi qui n’ai jamais pu y participer en tant que joueuse !

Et puis ça me permettrait de le partager avec tous les niveaux, susciter des vocations chez les plus jeunes et faire un parallèle entre le sport amateur et le sport professionnel.

Ça s’inscrit vraiment dans la dynamique qu’on essaie de mettre en place ; toucher tous les sportifs, du sport passion au sport performance, que tout le monde puisse pratiquer dans les meilleures conditions possibles. Et qui sait, peut-être faire naitre quelques champions !

 

Beaucoup de beaux challenges à venir !

Est-ce que tu avais préparé cette reconversion durant ta carrière de basketteuse ?

 

Pour être honnête, cette partie politique je ne la vois vraiment pas comme une carrière.

C’est plus une mission déterminée avec un début et une fin. J’ai l’impression de vivre un challenge et quelque part d’être poussée par la performance. On m’a donné un objectif à atteindre et je compte bien le réaliser.

Je pense que c’est sûrement parce que je fais partie de ces athlètes qui ne sont pas passés par l’INSEP ou d’autres structures fédérales. Ne pas être promise à une grande carrière m’a toujours poussée à faire des études.

Ma dernière année d’études c’était en 2014. Je remercie donc mes parents et leur épée de Damoclès !  Avoir des bonnes notes si je voulais pouvoir continuer à jouer au basket… Je pense que ça m’a aidé à y prendre goût ! (Rires)

C’est ce qui m’a fait passer mon Master en fiscalité durant ma carrière et qui m’a fait m’intéresser à pleins d’autres sujets pour nourrir mes ambitions futures.

 

Ça a fini par faire partie de mon équilibre en tant que joueuse. Bien sûr, au début cela m’a semblé contraignant, mais je me suis vite rendue compte, lorsque j’ai voulu me consacrer uniquement au basket, qu’il me manquait quelque chose. Je vivais les choses un peu trop intensément, un mauvais match, une défaite me plombaient le moral pendant plusieurs jours.

Finalement, remettre les études dans mon projet de vie m’a permis de me sortir de ça, d’équilibrer mon quotidien mais aussi d’élargir mon cercle de fréquentation pour ne pas rester qu’entre basketteurs et rencontrer d’autres personnes.

Ça te reconnecte à la réalité en quelque sorte et puis ça te permet d’investir ton énergie de manière plus efficace, notamment dans le basket.

 

Est-ce que justement tu pourrais nous en dire plus sur l’impact que ça a eu sur ta carrière notamment en termes d’organisation ?

 

Si on regarde ma carrière, on peut se dire qu’il manque certaines choses. Par exemple j’aurais pu jouer à l’étranger, en Espagne ou en Italie plutôt que de faire toute ma carrière en France. L’opportunité s’est présentée plusieurs fois mais j’ai toujours préféré prendre en compte mes stages ou mes études et donc ne pas partir. Ce sont des choix qui d’une certaine manière ont impacté ma carrière mais que je ne le regrette en aucun cas aujourd’hui.

 

Par exemple, j’ai été en stage pendant presque un an et c’était une saison où je jouais l’Euroligue, donc évidemment que le rythme était compliqué à gérer mais ça m’a permis de beaucoup relativiser sur les choses qui m’impactaient mentalement. Être au contact d’un autre cercle professionnel te permet de te rendre compte que ce n’est pas si grave si tu as raté un tir, une passe ou un lancer. Ça a été très important pour moi de rester en contact avec cette réalité-là.

Et puis, la chance que j’ai eu c’est de faire ce stage avec un partenaire du club qui comprenait aussi mes problématiques. Bon effectivement, tu sais que le matin on va te parler du match de la veille pendant une heure mais les gens comprennent aussi pourquoi tu arrives à 10h au lieu de 9h. (rires)

C’est aussi là qu’on se rend compte que ces entreprises, au-delà d’être des partenaires financiers, soutiennent les joueuses et les joueurs ainsi que les valeurs du sport ! Elles vont donc pouvoir à leur manière nous aider à concrétiser un projet de vie et le mener en parallèle de notre carrière sportive.

 

C’est donc possible de trouver un équilibre entre des études ou encore une formation en entreprise et compétition de très haut-niveau !

Pour finir aurais-tu un conseil à donner à une joueuse ou un joueur qui se poserait des questions sur sa reconversion professionnelle ?

 

Je pense que la première chose à se dire, c’est que se poser ces questions-là, c’est déjà être sur la bonne voie. C’est normal que ces questions deviennent stressantes lorsqu’on arrive à la fin de nos carrières.

Évidemment que j’ai eu peur quand je me suis engagée localement, en montant une association, ou encore politiquement. Je me suis posé tellement de questions quand je me suis lancée dans tout ça, notamment parce que c’était l’inconnu.

Je savais que je ne voulais pas travailler dans la finance ou la fiscalité malgré mon diplôme. Toutefois, quand on cherche, on se rend compte qu’il y a plein de solutions disponibles.

Il existe aujourd’hui tellement de formation payante mais aussi gratuites, adaptées à nos quotidiens de sportifs professionnels et qu’on peut financer à l’aide des clubs, du CPF.

Étudier pendant notre carrière est loin d’être incompatible avec notre rythme de vie, il est tout à fait possible de concilier les deux !

 

J’espère que tes conseils pourront les aider dans leur questionnement.

Merci pour cet échange Johanne. Nous te souhaitons beaucoup de réussite pour la suite, que ce soit avec la ville de Lille ou dans ta prochaine activité auprès des jeunes joueuses et joueurs.

Et encore félicitations pour ta carrière sportive !

 

 

 

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