[OVERTIME] Ilian Evtimov nous parle de son expérience universitaire aux USA

29 jan 2020

 

Il rêvait de devenir sportif de haut niveau sans pour autant négliger ses études supérieures. En partant aux États-Unis, Ilian Evtimov a su faire de ce rêve une réalité. 

 

Bonjour Ilian, comment vas-tu ? Es-tu toujours à la recherche d’un contrat ?

Bonjour, ça va très bien. Je suis à la recherche d’un projet. Je ne suis pas à la recherche de jouer juste pour jouer. J’ai eu une très bonne expérience à Lille pour la saison 2018-19 puis à Roanne, où nous avons gagné le titre et l’équipe est montée. Ce genre de projet est appréciable, faire évoluer le basket dans une ville, monter d’une division…

 

Sais-tu ce que tu vas faire comme reconversion après ta carrière de joueur professionnel ?

J’étudie plusieurs projets intéressants, dont une franchise qui mène des préparations physiques liées à la prévention des blessures, la condition physique, et des entraînements individuels et de groupes sur plusieurs sports selon les demandes des jeunes sportifs.

 

Issu d’une famille de basketteur, tu es Franco/Bulgare né à Sofia, tu es un joueur JFL. Raconte-nous ton parcours de formation en France. 

J’ai commencé dans la région lyonnaise, puis je suis passé par le club de Pau Nord-Est tandis que mon frère jouait à l’Élan Béarnais. J’avais commencé à faire toutes les sélections régionales et nationales et à l’âge de 15 ans, je suis parti pour poursuivre le cursus aux USA. 

 

Pourquoi as-tu fait le choix de partir aux États-Unis ? 

J'hésitais entre les USA ou l’INSEP mais les USA étaient une évidence.

À cette période, le basket européen n’était pas encore respecté aux USA et comme mon rêve était d’évoluer en NBA, je ne me suis même pas posé la question. 

Les choses ont beaucoup changé pendant que je faisais mon cursus. Soudain, l’Europe est devenue le marché majeur des franchises. Et il y a eu un troupeau de flops européens puis les choses ont trouvé un équilibre par la suite. 

En attendant, je suis allé à New York, dans une école sans connaître la moindre personne, vivant dans une famille d’accueil que je ne connaissais pas, avec un entraîneur qui était complètement déboussolé. Ce fut une année très difficile. 

 

Peux-tu nous expliquer ce qui a justement été compliqué ? 

J’étais le plus jeune dans mon équipe du lycée. Je ne parlais pas bien l’anglais donc les devoirs me prenaient au moins trois heures à faire tous les soirs. Je me retrouvais souvent dans ma chambre à pleurer… Un gamin de quinze ans, avec ses parents à l’autre bout du monde, vivant dans un monde inconnu, où personne ne te donne rien, où il fallait aller chercher tout en passant par le terrain. Les communications téléphoniques étaient chères et on parlait deux fois par semaine pendant quinze minutes. 

Niveau basket, je jouais dans les équipes de sélection et souvent on avait des tournois dans le Queens, ou Brooklyn… Généralement, j’étais le seul joueur de couleur blanche non seulement sur le terrain, mais dans le quartier. Alors dès qu'un joueur avait la balle, c’était : “Oh I got white chocolat on me…”. Quand tu te heurtes à ça, le seul mode de fonctionnement devient l’instinct et la fierté. Au bout de quelques matches, je commençais à me faire respecter et les personnes savaient d’où tombaient les missiles longue distance (rire). 

J’ai détesté cette année et j’ai décidé d’aller en Caroline du Nord, pour être plus proche de mon frère Vasco qui venait de clôturer sa deuxième année à UNC. Malheureusement, il a finalement décidé de partir jouer en Europe et j’ai vécu avec la belle famille. Le train de vie est complètement différent, le basket tout aussi fort, mais complètement différent lui aussi. J’ai tout simplement surkiffé la Caroline du Nord. 

 

Tu as été recruté pour jouer en NCAA dans un bon programme. Pourquoi avoir choisi NC State ? 

NC State est une très grosse université que moins de monde connait en Europe du fait de l’ombre que créé UNC (de Michael Jordan et tant d’autres) et Duke (Coach K). On appelle ça le triangle ! Les trois universités sont à 25 kilomètres l’une de l’autre. Et aussi fou que cela puisse paraître, la majorité des gens en Caroline du Nord soutient NC State plus que les autres. Wake Forest de Chris Paul était aussi environ à une heure. Cet état respire le basket de partout, sans compter les vingtaines d’autres universités de première division qui appartiennent à d’autres conférences. Lorsque tu es au lycée et qu’une grosse université te recrute, elle n’hésite pas à utiliser tous les moyens pour t’impressionner. J’ai eu droit à un avion privé de la part de Furman (avec Karim Souchu comme hôte pour m’accueillir lors de ma visite avant de choisir mon université) et à une salle qui scandait mon nom pour m’impressionner à Davidson (de Steph Curry). Mais j’ai choisi NC State pour être dans la plus prestigieuse des conférences, la ACC. Quand tu es recruté, on t’offre une bourse avec l’hébergement et la nourriture. Tu dois simplement te préoccuper de jouer et d’aller en classe. Certaines de ces facs coûtent plus de 40 000 dollars sur une année. C’est un très gros investissement de la part de l’université.

 

Et l’expérience de l’université ?

C’est encore plus fou que ce que je pouvais imaginer. Tous les matches étaient télévisés sur ESPN ou FOX Sport. Tu joues devant 20 000 spectateurs tous les matches. Et là, tu réalises que le basket universitaire est beaucoup plus suivi, soutenu, que les franchises NBA. Difficile à croire. 

Le staff de l’équipe se composait du Head coach, un assistant principal, deux à trois autres assistants, un directeur des opérations, un vidéo coordinateur, un kiné, un assistant kiné, un préparateur physique, un deuxième préparateur physique, une personne en charge des affaires et du linge, une personne en charge des classes des joueurs, des aides à l’éducation avec plusieurs professeurs présents tous les soirs juste pour les joueurs afin de les aider sur leurs études et six managers (des personnes qui s’occupent de l’eau, de faire des passes, tenir le chrono et score lors de l'entraînement…) C’est impressionnant !

Imaginez un staff comme ça en Jeep Elite. Il faudrait un banc qui va jusqu’aux vestiaires. C’est la mentalité. 

 

Quel était ton quotidien de joueur ?

Je passais une heure à shooter tous les jours avant les entraînements avec un des managers. Il était devenu comme mon propre manager car il comptait tous les shoots pris et toutes les ficelles, et moi je comptais tous les ratés. Comme il n’y en avait pas beaucoup, ça me permettait de me concentrer sur les shoots (rire). Mon but était évidemment de battre toujours mes records, mais je savais avant même que l'entraînement ne commence si j’étais bien, très bien, ou pas du tout calibré aux vues du nombre de ficelles. En plus, les managers faisaient toutes les statistiques des entraînements. Tu ne pouvais pas prendre un jour off comme peuvent souvent le faire les pros. 

Les déplacements de l’équipe étaient tout aussi impressionnants. Vols privés, bus jusqu’au pied de l’avion, des hôtels 5 étoiles, des buffets à volonté... Tout était réuni pour mettre les joueurs dans les meilleures conditions. Imaginez ce type d’organisation dans une équipe espoir !

Le basket faisait plus de 6 millions sur l’année en chiffre d’affaires et il permet aussi de faire vivre d’autres sports dans l’université, qui eux ne rapportent pas plus que leurs dépenses. Le football américain est aussi le sport qui donne du surplus à l’université pour la faire vivre. Ceci explique pourquoi de tels moyens sont mis en œuvre pour le basket et football américain aux États-Unis. 

 

Quels avantages et inconvénients à la formation outre Atlantique ? 

Les avantages en Europe sont que les jeunes espoirs ont l’opportunité de s'entraîner avec les pros et parfois même de jouer avec eux. Par contre, il n’existe pas d’équivalent aux grosses facs américaines. Les joueurs vivent comme des stars sur et en dehors du terrain. Leur suivi (nourriture, musculation…) est aussi beaucoup plus avancé aux USA. Je pense qu’il est même plus difficile aujourd’hui de rejoindre la NBA par l’université que par l’Europe car les scouts respectent les jeunes qui se frottent aux pros et qui montrent qu’ils ont un avenir. Mais avoir une bonne opportunité dans une très grosse fac peut aussi être un ticket rapide pour la NBA. Tout dépend du joueur. Comme on dit, ONE and DONE. Une année et le saut est fait. En Europe, il faut confirmer sur deux années au minimum. 

 

Ton expérience NCAA a-t-elle été utile pour ta carrière professionnelle ? 

Absolument. Je me suis fait les croisés et j’ai appris que le basket pouvait se terminer à tout moment à cause des blessures. Donc j’ai continué mes études même en jouant en pro pour obtenir mon master en sport management. 

 

Ferais-tu le même choix de partir en NCAA aujourd’hui et pourquoi ? 

Oui, sans hésiter. Ce ne serait peut-être pas le choix de tout le monde, mais chacun sa situation. J’ai développé des relations, rencontré beaucoup de monde, investi dans l’immobilier, créé un nom et je me sens comme à la maison quand j’y retourne.

 

Quels conseils donnerais-tu aux jeunes qui veulent partir ?

Il y a beaucoup de personnes qui ne sont pas compétentes et qui sont coachs de lycée. Il faut faire attention à la ville où partir, savoir quels joueurs sont sortis de là et regarder si c’est un état basket ou pas. En effet, il faut une culture du basket, sinon la concurrence ne sera pas bonne et le recrutement pour une université ne sera pas bon non plus. Pour ceux qui pensent aller directement en université, c’est très attractif, mais il ne faut pas penser que dans toutes les universités c’est le rêve américain. 

Je viens de vous décrire mon expérience qui fut dans l’une des plus grosses facs avec plus de 35 000 étudiants mais ce n’est pas toujours comme cela.

Enfin, bien étudier le style du basket pratiqué. J’étais dans le système parfait qui m’a permis de jouer dans le 5 majeurs dès la première année et de faire une très belle et grosse carrière universitaire avec des records à la clef. 

Si les infos sont bien prises, une expérience universitaire peut être un très bon point. Surtout l’apprentissage de la langue, un diplôme universitaire, la découverte d’un nouveau pays et une nouvelle culture, seront toujours des atouts même si la carrière de basketteur n’aboutit pas. 

Le problème en Europe est qu’après le BAC, il n’y a plus cette éducation mais uniquement la pratique du basket. Alors qu’aux États-Unis, de plus en plus d’universités commencent à apporter un soutien financier pour finir son éducation, si celle-ci n’a pas été terminée avant de se lancer dans le monde professionnel, et également un soutien pour faire son master. Après une carrière professionnelle, il est difficile pour certains de trouver un job en dehors du basket en Europe, justement à cause du manque d’éducation et de diplôme. Aux USA, les facs vous obligent à avoir des notes au-dessus de la moyenne pour pouvoir exercer votre sport. L'éducation vient en premier.

 

Nous te remercions Ilian pour cet échange très instructif qui ne manquera pas de faire écho à de nombreux joueurs !

 

 

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