La maternité, et si on en parlait ?

18 déc 2019

 

La tournée des clubs féminins de LFB et LF2 permet au SNB de venir à la rencontre des joueuses et d'échanger plus largement sur leur quotidien de basketteuse professionnelle. 

Au travers notamment du projet de négociation du futur accord sectoriel féminin, ces réunions privilégiées permettent également d'aborder des sujets importants pour les joueuses.

 

Sabrine Bouzenna, joueuse de l'ASA Basket, a ainsi accepté de partager son expérience de la maternité.

 

Bonjour Sabrine, peux-tu te présenter en quelques mots ?

 

Bonjour, je m’appelle Sabrine Bouzenna. J’ai 26 ans et je suis originaire de Mulhouse (Alsace). 

J’ai commencé le basket à l’âge de 9 ans à Mulhouse et j’occupe le poste de meneuse de jeu.

Je suis entrée au pôle espoir à Strasbourg pendant deux années et j’ai commencé les sélections régionales. J’ai ensuite intégré l’Insep pendant trois ans. 

En parallèle, j’ai commencé les sélections nationales jeunes. 

 

Quand as-tu signé ton premier contrat professionnel et quel a été ton parcours jusqu’à aujourd’hui ? 

 

J’ai signé mon premier contrat pro à la sortie de l’Insep avec Villeneuve d’Ascq en Ligue 1 pendant un an. 

J’ai ensuite joué quatre années à la Roche-sur-Yon en Ligue 2 durant la 4ème saison. 

 

Puis, je suis tombée enceinte et j’ai accouché en août 2016. 

Après la naissance de ma fille, j’ai repris trois mois post accouchement en N1 à la Glacerie. 

J’y suis restée une année supplémentaire où nous avons d’ailleurs eu notre titre de championne de France N1 et une montée en L2.

J’ai enfin signé à Aulnoye Aymeries en LF2 et j’entame cette année ma deuxième saison avec ce club.

 

Justement, tu évoques dans ton parcours un évènement majeur de ta vie, la maternité. En pleine carrière sportive professionnelle, tu as pris la décision de goûter aux joies de la maternité. 

Est-ce que cette décision a été facile à prendre ?

 

La décision de devenir maman n’a pas été facile non. Je venais juste de commencer ma saison avec La Roche-sur-Yon. On avait des ambitions et j’étais la meneuse titulaire. Je faisais un début de saison plutôt bon lorsque j’ai appris que j’étais enceinte. J’avais très peu de temps pour prendre la décision de le garder ou non. Je savais que ça allait bouleverser ma vie. Mais après de longue conversation avec son papa, on a fini par prendre la décision de le garder et pour être honnête, c’était au-dessus de mes forces d’avorter. J’avais 22 ans et je commençais tout juste mon rôle de meneuse titulaire. Ça n’a donc pas été simple. Mais la vie m’a donné la chance de découvrir un rôle différent, celui d’être maman, qui est le rôle le plus important, je pense, dans la vie d’une femme.

 

Quelles ont été les principales difficultés que tu as rencontrées à l’annonce de ta grossesse ?

 

La principale difficulté, après celle de devoir l’annoncer à ma famille, a été celle de l’annoncer au club et notamment à mon entraîneur ainsi qu’à mon équipe qui comptaient sur moi et qui, je pense, s’attendaient à tout, sauf à cela. La grosse difficulté a également été de me dire que ma saison était finie. J’allais devoir accepter d’être mis de côté. Mais ma plus grosse crainte était au final de savoir si j’allais pouvoir revenir un jour à mon meilleur niveau. 

 

Comment as-tu vécu la période d’arrêt total du basket et a-t-elle été facilitée par ton club ?

 

Le club a très bien réagi lors de l’annonce. Il a compris ma décision ou du moins, ne m’a jamais fait ressentir qu’il m’en voulait, même si je sais que je mettais le club dans l’embarras. Je suis partie à la fin de mon contrat. 

La période d’arrêt total de basket a été compliquée, je dois bien l’avouer. Je suis quelqu’un qui aime bouger et travailler. Et là, j’avais le droit de ne rien faire. J’ai donc fait un petit peu de babysitting pour me changer les idées. J’ai préparé l’arrivée de ma fille, acheté sa chambre, ses vêtements. J’ai donc, au fil du temps, pris goût et profité de ma grossesse.

 

Comment s’est passé le retour à l’entraînement ?

 

J’ai accouché en août 2016. 

J’ai retrouvé un contrat en novembre de la même année avec la glacerie en nationale 1. Le club m’a fait confiance. Il m’a aidé à revenir sur les terrains, à retrouver ma forme physique et mentale. Il est venu m’aider à déménager et m’a rapidement trouvé un logement.

Je ne le remercierai jamais assez. 

J’avais tellement hâte de reprendre… Mais en réalité, ça a mis du temps. Quand j’ai repris, j’ai vraiment pensé que je ne reviendrai jamais. Je n’avais plus de muscles, j’avais même appelé mes meilleures amies, Florine Basque et Adja Konteh, en leur disant je ne reviendrai jamais. 

Je pleurais, j’étais désespérée. Mais voilà, je n’ai pas lâché et mon coach, Yann Volmier, qui croyait beaucoup en moi, m’a fait un stage de 15 jours non-stop à ne faire que du physique et du basket. Et il faut dire que ça a payé car, à la reprise des vacances de noël, je me sentais déjà beaucoup mieux. Je commençais à retrouver mon plaisir et ma forme physique. Mais pour vraiment me sentir encore mieux, il m’a fallu toute la saison. Je pense que j’ai vraiment retrouvé mon basket la saison qui a suivi, l’année du titre (2017/18).

 

Quels sont pour toi les points à améliorer pour permettre à une joueuse professionnelle de vivre cette étape de la vie plus sereinement ?

 

J’ai vraiment eu la chance d’être tombée sur des clubs très compréhensifs. La Roche-sur-Yon ne m’a vraiment pas mis de bâtons dans les roues. Il m’a laissé vivre ma grossesse tranquillement et a été très accessible pour une solution contractuelle. La Glacerie également a été très professionnelle. Donc de mon expérience, il m’est difficile d’identifier les points à améliorer pour permettre à une joueuse professionnelle de vivre cette étape de la vie sereinement.

Je pense simplement que, dans ce monde du sport de haut niveau, il est important de garder un minimum d'humanité car pour nous les femmes, ce n’est pas facile de construire une vie de famille dans ce milieu.

Après, il est certain que si je n’étais pas tombée sur des clubs humains, j’aurais probablement vécu une grossesse catastrophique et un retour affreux. Il est donc important et nécessaire d’être évidemment accompagné et soutenu par le club. Cela permet de partir sereinement et de revenir plus rapidement à son niveau. Je pense qu'il est vraiment primordial d’en parler et de prévoir désormais dans le sport féminin un vrai cadre pour que la maternité chez les sportives ne soit plus un sujet méconnu. Il faudrait, par exemple, pouvoir envisager la mise en place d’un programme spécifique et adapté qui permettrait aux joueuses de revenir plus rapidement à leur meilleur niveau.

 

As-tu un message à faire passer ?

 

Oui, j’ai un message pour les basketteuses et plus généralement pour les sportives.

Revenir d’une grossesse, c’est possible. Tout le monde vit sa propre expérience.

Donner la vie est la chose la plus difficile mais aussi la plus merveilleuse au monde. 

Ma fille est ma plus belle réussite et je suis heureuse aujourd’hui d’avoir ce rôle de maman et de basketteuse professionnelle. J’ai vécu une grossesse mais d’autres sportives ont des blessures ou d’autres événements qui bouleversent leur carrière et reviennent quand même. 

Je reste convaincu qu’avec dieu, du travail et de la volonté, on peut rebondir de tout cela ! 

La maternité est loin d’être un frein à une carrière et je pense que de nombreuses sportives comme moi l’ont déjà démontré. J’ai eu la chance de vivre ma grossesse paisiblement mais je sais que ce n’est pas toujours le cas pour toutes les sportives. Il faut donc désormais que nous puissions en parler librement, que ce ne soit plus un tabou et surtout permettre aux joueuses d’envisager sereinement leur carrière autour de cette éventualité d’avoir à vivre cet heureux évènement. 

 

Un grand merci à Sabrine pour cet interview qui ne manquera pas de nous interroger sur les futurs dispositifs à mettre en place pour permettre de faciliter la maternité dans le sport professionnel. 

 

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