OVERTIME / Mouphtaou Yarou met un terme à sa carrière et nous parle de son projet de formation

14 septembre 2022
retraite Mouphtaou Yarou2

Salut Mouphtaou,

Tu viens de reprendre tes études à la suite de l’annonce de ta retraite de basketteur professionnel.

Toi qui étais habitué à reprendre les entrainements au mois d’août dans quel état d’esprit es-tu et qu’est-ce qui a motivé ta décision ?

Pour le moment tout va bien. Je ne réalise pas encore même si ce n’était pas une surprise. Mon projet de reconversion je l’ai commencé il y a plusieurs années déjà, même avant ma carrière de basketteur professionnel. C’est quelque chose à laquelle j’ai toujours pensé.

Ma situation professionnelle de ces dernières années, notamment ma blessure à Levallois, m’a fait relancer le projet plus en profondeur.

J’ai donc toujours su que ce moment arriverait et je me suis préparé en conséquence.

Mais j’ai eu quand même pas mal de chance notamment parce que je ne me suis jamais arrêté de penser à ce projet et de faire des études ce qui aujourd’hui facilite beaucoup la transition.

Pour en revenir à la question tout se passe très bien, mon moral est bon, j’ai repris mes cours et le basket-ball ne me manque pas trop (rires).

 

Justement en parlant de basket, tu as eu l’occasion de jouer dans plusieurs pays. Que retiendras-tu de ta carrière en France ? Y a-t-il un souvenir qui prendrait le pas sur les autres ?

L’année à laquelle je pense, c’est mon année à Antibes. Je venais de passer trois ans au Mans et la troisième année ne s’est vraiment pas passée comme je l’espérais avec beaucoup de difficultés dont notamment une blessure.

A ce moment-là, je voulais arrêter mais on s’est concerté avec ma famille pour dire que ce n’était pas le bon moment. Ils m’ont toujours dit que la transition vers le changement et la reconversion devait se faire dans un environnement professionnel plus stable, plus apaisé.

C’est donc à ce moment-là que je suis arrivé à Antibes et comme tu t’en doutes, le moral n’était pas très bon. Je voulais vraiment arrêter et je n’arrivais pas à digérer ce qui avait pu se passer au Mans la saison précédente.

Mais j’ai eu la chance de tomber sur un bon groupe qui a vraiment su me redonner confiance en mon jeu. Il y avait des joueurs comme Tim Blue et Vince Samford qui sont devenus des amis. Le groupe dans sa globalité était très bon et aujourd’hui, nous sommes quasiment tous encore en contact.

Le coach Julien Espinosa m’a également redonné beaucoup de confiance en moi, surtout dans mon jeu. Avant lui, tous les coachs me faisaient essentiellement travailler les aspects défensifs de mon basket et Julien m’a poussé à sortir de ma zone de confort en travaillant également la partie offensive.

Sur le plan personnel comme professionnel, ça a vraiment été une année charnière et finalement cette saison m’a redonné l’envie et la confiance pour reporter mes projets de reconversion et continuer à jouer pendant cinq ans de plus. Je suis très reconnaissant de ce que m’a apporté cette année, autant sur le plan personnel que professionnel !

 

C’était donc une année riche autant sur le plan humain que sportif !

Tu as tout de même connu de nombreux clubs et vécu dans de nombreuses équipes. Tu penses que tu vas ressentir un manque de ce mode de vie là ?

Je ne sais pas trop… si aujourd’hui si je devais te donner un aspect de ce mode de vie qui pourrait me manquer, je dirai que c’est la proximité qu’on a avec les coéquipiers.

Les différents échanges qu’on peut avoir, le temps passé dans les vestiaires mais aussi les joies et les douleurs qu’on peut partager tout au long d’une saison.

Ma dernière saison au Portel en est l’exemple parfait. Nous étions derniers, personne n’y croyait, entre les défaites, les blessures, le covid… Et malgré ça, on part à Paris avec 5 espoirs, on gagne et la dynamique a complètement changé. Derrière on va à Strasbourg, qui est top 4, sans notre poste 4 titulaire et on fait jouer un espoir qui n’avait pas encore joué de la saison et on gagne !

Ensuite, on gagne six matchs sur sept et la saison est complètement relancée et on se met à partager des moments qui étaient tout simplement incroyables.

C’est pareil pour la relation qu’on peut avoir avec certains coachs. Je suis arrivé au Portel en novembre et je ne connaissais pas Eric Girard mais il y a vraiment une relation qui s’est créée au fil des mois et aujourd’hui, on échange encore régulièrement.

C’est vraiment tout ça qui va me manquer, les relations avec les groupes, joueurs et staffs compris ! Et il y en a eu d’autres ! Par exemple mes deux premières années au Mans, nous avions également un super groupe et j’en garde beaucoup de bons souvenirs !

 

Effectivement les relations humaines sont une part très importante du sport professionnel.

Mais si je ne me trompe pas tu vas pouvoir retrouver ça très vite avec la N2 de Levallois, non ?

Oui c’est vrai, c’est une très longue histoire (rires). Ce n’était pas du tout prévu, à la base je souhaitais seulement me consacrer à mes études car je savais que mon MBA (Master of business and administration) allait être un gros challenge et que je n’allais pas forcément avoir beaucoup de temps à accorder au basket.

C’est un travail conséquent, avec des grosses journées et souvent des conférences le week-ends. Néanmoins, le club de Levallois avait un beau projet et ils ont bien compris ma situation, aussi bien scolaire que familiale.

Pour moi, c’est un honneur et je sais que j’ai de la chance de pouvoir jouer à ce niveau là aujourd’hui dans une équipe qui a beaucoup d’ambition.

 

Peut-être un nouveau challenge qui va venir s’ajouter à ton année déjà bien chargée.

Tu reprends donc tes études mais peux-tu nous en dire plus sur ce qui a motivé ce choix ?

Au départ en 2017, lorsque j’ai voulu arrêter la première fois, je voulais repartir aux Etats-Unis pour travailler dans l’investissement bancaire, le private equity ou le venture capital. Mais je n’étais pas dans un très bon état d’esprit comme je t’expliquais plus tôt.

C’est en 2019, après ma blessure, que j’ai beaucoup parlé avec mes amis qui ont fait le même cursus et ai arrêté mon choix sur le MBA. C’est cette formation qui me semblait être le meilleur tremplin pour entamer mon après-carrière.

Mon choix s’est donc finalement porté sur le MBA proposé par HEC.

Plusieurs critères ont pesé dans la balance, comme le fait que je sois basé à Colombes ou encore que le MBA de HEC fasse parti des dix meilleurs cursus MBA au monde.

Ils ont également un réseau très important. Par exemple, cette semaine, le CEO de Peugeot était présent et la semaine prochaine c’est le CEO de Danone qui vient faire une conférence.

Mes proches et moi-même, nous étions convaincus qu’il s’agissait de la meilleure option pour moi. Ça va permettre de découvrir au mieux le monde de l’entreprise et d’évoluer au sein d’un réseau inestimable.

C’est d’ailleurs via ce réseau que j’ai rencontré Jacques Bossuge, ancien joueur de rugby et alumni d’HEC, que je voudrais remercier. Il m’a aidé dans mon choix et a su me rassurer quant à la pertinence de ce cursus.

Il y a de nombreuses spécialités, comme l’entreprenariat.

Enfin, les personnes qui viennent nous faire des conférences et constituer notre réseau sont des entrepreneurs de secteurs divers et variés, ce qui me permettra de découvrir bons nombres d’entre eux.

Le but aujourd’hui c’est de définir quelles compétences j’ai acquis durant ma carrière et comment les mettre à profit lorsque je monterai ma structure ou deviendrai salarié.
Bien sûr, ce MBA va aussi me permettre de m’améliorer et d’apprendre de nouvelles choses.

 

C’est un challenge de taille mais  tu as l’air tout à fait serein au moment de débuter ce cursus. Penses-tu que le fait d’avoir fait des études durant toute ta carrière y est pour quelque chose ?

Oui je pense, j’ai en effet toujours eu l’habitude de faire des études durant ma carrière.

Ça a bien sûr commencé aux Etats-Unis. J’étais à la fac de Villanova où j’ai obtenu l’équivalant d’un Bac +4 en finance et en business international.

D’ailleurs, à Villanova, nous avons eu la chance d’avoir un réseau d’alumni très actif, avec beaucoup d’échange et surtout de conseils à destination des élèves voulant éviter les difficultés qu’ils auraient déjà pu rencontrer par exemple.

Je pense que j’ai toujours eu un goût prononcé pour les études et une fois en France, j’ai toujours voulu continuer ce processus de formation pour ne pas perdre le rythme que je m’étais imposé en début de carrière.

Mais attention, ça n’a pas toujours été facile ! J’ai également commencé beaucoup de certifications que je n’ai jamais terminées, comme l’année de la coupe d’Europe avec le Mans. Entre tous les déplacements et la fatigue, c’était extrêmement dur de garder le rythme et réussir à me former.

Avec du recul, plus on prend l’habitude jeune et plus on a des facilités pour se former durant sa carrière. Je pense que c’est aussi la chance que j’ai eue.

 

Difficile à certains moments mais loin d’être impossible donc.

Tu nous parlais des compétences spécifiques qu’un basketteur développe au long de sa carrière… Tu penses que c’est vraiment le cas ?

Oui bien sûr !

Déjà, rien que sur la gestion du stress, nous partons avec un réel avantage.

Pour te donner un exemple, nos deux premières semaines à HEC sont assez chargées en termes de densité de travail et pourtant, en tant que sportif professionnel, je supporte beaucoup plus ces situations stressantes que des étudiants qui viennent d’autres secteurs.

Nous avons également plus de facilité à nous fixer des objectifs et à les atteindre.

Par exemple, je me suis rendu compte que je ne connaissais rien en Data science.

J’ai donc passé mon été à me renseigner sur le sujet pour être à l’aise à la rentrée.

Je pense que nous sommes aussi habitués à prendre des risques et donc à nous tromper.

Ça nous permet d’aller au-devant des situations et de prendre des décisions rapidement sans cette peur d’échouer. Ce qui est loin d’être le cas pour tout le monde.

En tant que sportifs, nous apprenons très vite à définir le risque et à prendre une décision.

C’est d’ailleurs ça qui m’a, en partie, permis de reprendre mes études tout en m’occupant de ma famille.

C’était une décision compliquée que je ne regrette en aucun cas d’avoir prise.

Et ce ne sont bien sûr pas les seules !

Aujourd’hui, les basketteurs développent des dizaines de compétences différentes. Tiens une dernière, on a l’habitude de se préparer à un match, de scouter un adversaire… et bien c’est tout fait la même chose lorsque que l’on doit préparer un entretien. Avant, on va scouter notre interlocuteur pour se rapprocher du meilleur résultat possible.

 

Justement au regard de ton parcours, est-ce que tu sais vers quoi tu aimerais t’orienter de ton côté ?

J’avais effectivement une idée.

Au départ, je voulais m’orienter en banque pour y faire plus particulièrement de l’investissement et ensuite du pivate equity.

Mais depuis que j’ai commencé mon cursus à HEC, j’ai découvert le consulting avec des entreprises comme MC kinsey ou BCG qui va me permettre de découvrir différents secteurs comme par exemple la réduction d’émission de CO2 par les entreprises.

Je découvre également le monde de l’entreprenariat, ce qui fait que j’ai des dizaines d’idées qui fusent dans ma tête. J’ai donc décidé de garder l’esprit ouvert à ces sujets (rires).

Chaque semaine, HEC nous présente différents secteurs. La semaine prochaine, ce sera principalement le secteur de la finance et ainsi de suite.

C’est pour ça que j’ai décidé de me laisser le temps de rencontrer tout le monde et de réfléchir à ce que je voudrais faire. Je prendrai ma décision autour du mois d’Avril prochain quand je serai plus avancé.

 

Tu as effectivement l’embarras du choix, nous devrons donc revenir vers toi dans quelques mois pour en savoir plus (rires).

Pour finir est-ce que tu aurais un conseil pour les joueurs encore en activité qui souhaiteraient se pencher sur leur projet de reconversion ?

Pour moi, le plus important c’est de commencer tôt !

Plus on commence tôt, plus on se créé une routine et plus on accomplit des choses.

Aujourd’hui, de nombreuses sociétés se tournent vers les athlètes pour les mêmes raisons que celles évoquées plus tôt.

Il faut donc avoir confiance en soi mais il ne faut pas oublier qu’une carrière de sportif n’est pas éternelle et qu’il faut donc travailler dur pour assurer l’après.

Il est donc très important que les joueurs se forment durant leur carrière. Qu’ils n’oublient pas que c’est possible, que ce n’est pas insurmontable. De nombreux joueurs y sont arrivés comme Pape Philippe Amagou par exemple.

Il faut aussi garder l’esprit ouvert et être curieux, s’informer sur son environnement, sur ce qui nous entoure.

Pour moi, ça a été les nouvelles avancées technologiques par exemple.

Il est aussi important de ne pas hésiter à communiquer avec les joueurs qui auraient participé au même genre de formation. Grâce à LinkedIn, j’ai pu communiquer avec d’anciens sportifs des Etats-Unis à la Suisse et la France en passant par l’Asie.

Communiquer avec ces personnes a d’ailleurs été très précieux dans mon processus de formation et de reconversion.

Enfin, et c’est peut-être pour moi le plus important, se former tout au long de votre carrière ne vous apportera que du positif. Cela vous permettra de garder l’esprit ouvert et informé sur pleins de sujets, d’avoir un rythme durant vos journées, d’apprendre à mieux gérer votre argent, votre santé ainsi que vos relations avec votre entourage.

La liste est encore longue mais je dirai que ça vous permet, en tant que joueur, d’avoir une vision, un objectif.

Vous pourrez toujours vous y raccrocher lorsque vous vivrez des périodes un peu plus compliquées dans votre carrière de basketteur.

 

Mouphtaou, je te remercie pour le temps tu que nous as accordé, ainsi que pour tes réponses qui, je l’espère, feront écho auprès des joueuses et joueurs.

Le SNB te félicite pour ta carrière et te souhaite beaucoup de réussite dans tes nouveaux projets.

 

A bientôt !

CONTACTS
UTILES

Julie Campassens

j.campassens@snbasket.com
06 60 86 12 23

Arthur Daroux

a.daroux@snbasket.com
06 59 17 98 26

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